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Jacques-Jean, l’arme au cœur

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Par Rodolphe de Saint Germain. Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation. 

Jacques-Jean aimait les femmes autant que les armes. Les unes sans préférer les autres. Les autres sans oublier les unes qui le lui rendaient bien.

Charmant, séducteur en diable, usant de son aimable physique, un tant soit peu germanique, et notamment de son impressionnante carrure, athlétique, protectrice, il n’était guère difficile pour lui de conquérir le cœur des prétendantes qu’il convoitait, à la manière d’un chasseur. Et avec lesquelles, pourtant, il ne convolait pas.

A la lecture de son acte de naissance, Jacques-Jean resta officiellement célibataire. Le généalogiste sait d’expérience que les apparences sont souvent trompeuses, qu’il ne faut guère se fier à elles. Dans le cas de Jacques-Jean, un rideau de chasteté pouvait avoir été tiré sur une vie sentimentale assurément tumultueuse, il ne dévoila jamais l’existence d’un enfant naturel, que l’on qualifiait naguère d’illégitime.

Dans le cas donc de Jacques-Jean, les apparences demeuraient sauves, pour le plus grand soulagement de ses cousins, ses héritiers, lesquels comptaient bien toucher le pactole, coûte que coûte. Ils tentèrent d’infléchir le notaire, de lui faire croire que leur nombre ne dépassait pas la petite dizaine. Las. J’en découvris une quarantaine de plus. Mais ce ne fut pas, là, la seule surprise.

– 1 –

Au tout petit matin d’un jour de janvier, mon associé et moi prîmes la route du sud de la France. Nous nous rendîmes dans une importante métropole méridionale, que je connaissais bien pour y avoir usé mes semelles enfantines, aux mois de février et d’août de chaque année, au moment de visiter ma bonne grand-mère maternelle.

Généreusement, le soleil tapait sur le front de l’auto, réchauffant aussi le mien, apaisant, à l’instar d’un baume, les anxiétés d’un esprit par trop vagabond et d’une sensibilité parfois exacerbée. C’est dans cette ville briquée par l’ondoiement chaleureux de l’astre mordoré que Jacques-Jean vécut les dernières décennies de son existence, loin de Paris qui l’avait vu naître après-guerre, loin des malheurs qui s’étaient imposé à lui, dès le plus jeune âge, avec la force d’une bombe : le décès prématuré de sa mère quand il avait 5 ans, la suppression, par les effets de la déportation, de sa famille maternelle. Juive. Impitoyablement, la confession de ses grands-parents et tantes avait signé, dans les derniers temps de la guerre, leur arrêt de mort.

Ne fallait-il pas fuir le foyer de tant de traumatismes, de tant de souffrances, celles qu’un enfant ne devrait jamais subir, celles avec lesquelles un adulte ne devrait jamais composer si vie durant, celles qui deviennent ou s’apparentent à une infirmité si lourde à porter qu’elle condamne à l’échec chacun des élans créatifs de l’existence ?

C’est ce que fit Jacques-Jean et c’est ce qui, sans doute, le sauva de la folie.

La présence des femmes allégea, par ailleurs, le poids de la culpabilité, du remords. Dans l’appartement qu’il acquit au décès de son père, et dans cette ville éminemment chaleureuse, il pansa les plaies de son âme blessée. Il mena une existence simple, dénuée d’ostentation. Nous le découvrîmes à l’arrivée de notre trajet ensoleillé, en la présence du notaire chargé du règlement de la succession et du commissaire-priseur missionné pour procéder à l’inventaire des biens mobiliers. La prisée ne dura pas plus longtemps qu’une quinzaine de minutes. L’officier ministériel, à l’allure bonhomme, parut indisposé par la malpropreté des lieux, qui n’avaient pas été ouverts depuis deux ans. Il ne se donna pas la peine d’investiguer dans les tiroirs des commodes et armoires, ni dans les placards. Il repartit aussi vite qu’il était apparu. Comme une détonation. 

Lorsque le notaire et le commissaire-priseur prirent congé de nous, bras-dessus bras-dessous, tels des camarades de classe, ou de jeu, mon associé et moi-même entreprîmes notre quête des documents personnels, nécessaires à l’instruction du dossier de succession, des photographies jaunies, qui révèlent bien des visages inconnus, des destins pour toujours engloutis dans les bas-fonds de l’histoire et d’un temps résolument vengeur, ou des missives qui, au détour d’une ligne, divulguent un secret de famille, avec soin gardé.

Parfois, notre fouille minutieuse permet de mettre à jour un testament olographe dont l’existence bouleverse le cours des choses, qui déshérite les héritiers retrouvés et intensifie l’acrimonie de ceux qu’Yvonne de Bremond d’Ars traitait, non sans justesse, de « rapaces ».

– Rodolphe, viens voir ce que j’ai trouvé !

– 2 –

Dans le fond d’un placard, faiblement éclairé par le halo de son téléphone portable, je trouvais mon associé dans une position de prostration qui en disait long sur la stupéfaction qui l’avait envahi au moment d’ouvrir les battants du cagibi.

Devant lui, des carabines jouaient le duel avec des fusils, qui refaisaient la guerre dont Jacques-Jean avait tristement et si durablement entendu parler, le protégeaient d’un ennemi invisible, indéfini, fluctuant, un ennemi qui, au quotidien, et depuis son enfance, persécutait son âme affligée.

Au nombre d’une trentaine, les armes nous firent froid dans le dos.

Nous n’avions guère l’habitude d’en voir. Les voir en si grand nombre ne nous accoutuma pas davantage à leur désarmante découverte. Celle-ci nous sidéra. Que faisaient-elles là, négligemment entreposées ? Leur présence était-elle le fruit d’une collection patiemment constituée, intelligemment enrichie, amoureusement conservée ? Ou la conséquence d’une crainte, d’une peur viscérale, d’un sentiment profond d’insécurité ? Les activités de Jacques-Jean pouvaient-elles avoir généré des inimitiés, des rancœurs tenaces ; et, de fait, la nécessité pour lui de se protéger ? Les activités ou bien le caractère ombrageux de notre chasseur au cœur d’artichaut ? Nous le sûmes plus tard, Jacques-Jean n’était pas insensible à la confrontation, moins d’idées que d’égos. Il aimait jouer du muscle lorsqu’il avait le sentiment que son honneur était outragé. Manifestement, mieux valait-il ne pas s’attirer les foudres de l’escogriffe au tempérament de feu et au caractère d’ange lorsque la tempête était passée.

L’âme véhémente pouvait-elle, seule, expliquer la possession des armes que nous avions trouvées dans la penderie ?

En réalité, ce ne furent pas une trentaine d’armes que nous dénichâmes dans l’appartement mais une centaine. Un véritable arsenal. Le moindre recoin, le moindre tiroir, la moindre corniche révéla la présence d’un des objets ou instruments fétiches de Jacques-Jean. Fusils, pistolets, révolvers, carabines, couteaux, épées : l’éventail était complet, à rendre jaloux un armurier !

L’ahurissement qui fut le nôtre lors de notre improbable perquisition ne devait en aucune façon nous faire céder à la panique. L’atermoiement n’était pas permis. Je décidai de contacter le commissariat central de la ville où demeurait Jacques-Jean.

Peu convaincu par l’intérêt ou la légitimité de mon appel, le policier de garde minora l’événement et me dit, en outre, que celui-ci ne cochait aucune des cases de ses compétences ni responsabilités. Sans doute n’avait-il pas tout à fait tort. Assurément, ce pour quoi j’appelais ne cochait pas la case de la banalité, de la normalité. J’insistai. Enfin, j’obtins qu’une patrouille vînt nous rendre visite. Elle débarqua une heure plus tard, à reculons, à pas feutrés. Le chef de l’équipée, dont l’aménité n’avait d’égal que la gracilité de la silhouette, et qui pensait que je le faisais venir pour rien, me traita avec un certain mépris lorsque je vins à sa rencontre. L’énoncé de mon nom le dérida quelque peu. Peut-être ce gradé appréciait-il l’histoire…

– Quel est donc l’objet de notre venue ?

– 3 –

Le policier ne fut pas long à comprendre ce qui, en somme, avait motivé mon appel. A prendre au sérieux une intervention originale, certes, singulière, sans nul doute, mais on ne peut plus justifiée.

– Messieurs de Saint Germain et Guerry, l’examen des très nombreuses armes conservées dans cet appartement conclut que toutes sont chargées. Nous vous demanderons de vous tenir à l’écart afin que nous procédions au désarmement.

– Toutes ? Demanda mon associé, interloqué.

– Toutes, sans exception. Une manipulation hasardeuse de votre part et le coup partait.

Mon cœur et ma conscience, bien que stupéfaits par cette frissonnante annonce, fanfaronnèrent à l’idée que, nonobstant les réticences du policier gradé à mon égard, et à celui de ma sollicitation, j’avais eu raison de confier à la police nationale l’épineuse question de la cache d’armes dont Jacques-Jean était à l’initiative.

Constituée d’une femme et de trois hommes, la brigade entreprit, avec infiniment de prudence, de retirer chacune des munitions logées dans chacune des armes à feu. Avec soin. Avec entrain et bonne humeur aussi.

Voilà qui, certainement, changeait des incessantes rondes motorisées, des interventions ennuyeuses, parfois inutiles, des sempiternels conflits conjugaux, cambriolages, vols à l’arrachée qui, jour après jour, accentuent le sentiment d’impuissance et d’échec dans l’esprit des gardiens de la paix, de nos gardiens de la raison.

Je les regardais de loin, à la dérobée. Il me semblait voir des enfants s’émerveiller devant un parterre de cadeaux, de jouets en tous genres, de friandises fortement colorées et acidulées. Je compris mieux pourquoi ils s’étaient dirigés vers le maintien de l’ordre. A l’instar de Jacques-Jean, ils n’étaient pas indifférents à l’arme en tant que telle, au bel objet qu’il représente aux yeux des armaphilistes, qu’il incarne dans le fond de leur cœur. Peut-être les collectionnaient-ils…

L’inventaire succéda au désarmement.

A la manière de fins commissaires-priseurs. Les jeunes policiers s’y connaissaient, ce qui plut à l’historien et au chineur que je suis. Chacun y alla de son expertise, de son évaluation pécuniaire, de son anecdote. Je croyais entendre mon oncle Antoine qui, dans son appartement parisien, qu’il veut bien partager avec sa femme Hélène et ses cinq enfants, conserve avec passion de très nombreuses antiquités aussi inhabituelles qu’éclectiques, et notamment des armes anciennes dont il parle avec l’élan d’un cœur ô combien sensible et exalté. « Antoine a encore cédé à la tentation… » semblait me dire Hélène, avec bienveillance et désespoir tout à la fois, après qu’un nouveau eût rejoint l’une des vitrines déjà pleine.

De manière inattendue, l’arsenal militaire de Jacques-Jean égaya la journée de nos acolytes d’un jour. Au terme d’une intervention qui dura plusieurs heures, le gradé, devenu charmant, me demanda ce que nous comptions faire de tout cela. De la centaine d’armes, du millier de munitions. Je lui répondis qu’il m’apparaissait plus prudent de lui confier l’embarrassante chose, embarrassante et potentiellement dangereuse. Il m’approuva. Sitôt la chose chargée dans la fourgonnette, ce qui nous occupa encore une bonne heure, je pris place, sur la banquette arrière, entre deux policiers à la carrure imposante pour ne pas dire oppressante. La proximité, l’intimité oserais-je dire, délia les langues. On évoqua le sud, Paris, les méridionaux, ceux que l’on appelle désormais les Franciliens, la généalogie, l’individualité dans sa dimension philosophique, l’histoire – le gradé était intarissable à ce sujet !

– 4 –

Nous parvînmes enfin au commissariat. On me fit attendre. Un long moment, un très long moment je crois.

Des pourparlers s’engagèrent, entre le commissaire de police et ses subalternes. Des contacts se nouèrent avec de très hauts-gradés, avec Paris peut-être, avec le ministre bien entendu, je pouvais rêver un peu, avec les juristes de l’hôtel de police plus certainement. Mon cas ne laissait personne indifférent. Le commissaire me reçut enfin dans son bureau. L’homme, jovial, chaleureux, me pria de le pardonner de m’avoir fait patienter aussi longuement. Il m’avoua sans préambule que mon histoire le déroutait, lui comme ses conseillers. Il m’assura que son commissariat demeurait dans l’incapacité juridique et matérielle de conserver mon encombrant attirail. « Adressez-vous à une armurerie, me recommanda-t-il. Elle se réjouira de vendre votre butin pour le compte des héritiers que vous représentez ! » Une prompte recherche sur internet nous renseigna les coordonnées d’un armurier à proximité. « Je vous prête mes hommes. Ils vous accompagneront, vous et votre trouvaille, jusqu’à votre destination. Faites-en bon usage ! »

Cahin-caha, mes compères et moi reprîmes la route. J’étais particulièrement honoré d’être traité avec autant de déférence. Honoré et rassuré. Je n’en menais pas large, quelques heures auparavant, à la découverte de l’artillerie de Jacques-Jean. Je me sentais désormais solidement armé pour affronter la suite de ma journée, plus vigoureux entouré de mes anges gardiens du moment qui, en verve dans l’habitacle de leur véhicule, se révélaient avec indulgence et sollicitude. Une sorte de complicité se créait entre nous. Mon histoire les avait touchés. Ils n’étaient plus les froids représentants de l’ordre et du devoir, de l’autorité et de la dignité. Leur humanité se dévoilait progressivement, pour ma plus grande satisfaction. Quelle ne fut pas notre déception de constater, en parvenant à bon port, que l’armurerie était close. Cela ne faisait pas notre affaire. Nul panonceau n’indiquait, sur le rideau de fer, les horaires d’ouverture de la boutique. En revanche, un bouton de sonnette se présenta à nous, que nous pressâmes avec l’espoir que l’on nous ouvrît, et le désespoir d’une évidence à laquelle, probablement, il allait falloir se rendre.   

Nous allions repartir quand un jeune homme d’une vingtaine d’années, sorti par la porte arrière de l’armurerie, nous demanda si nous souhaitions entrer dans le commerce ou prendre contact avec son armurier de père. « Les deux ! » lui répondis-je, avec soulagement.

Encore adolescent, notre interlocuteur semblait fortement impressionné par la présence policière, s’interrogeant, à juste raison, sur les motivations de notre venue dans un quartier aussi peu fréquenté. L’on nous fit entrer par la petite porte, dans l’arrière-boutique, l’antre du passionné d’armes anciennes. Que d’armes ! Le spectacle était saisissant. Mes camarades d’infortune ne purent retenir un son guttural des plus éloquents, à la mesure de leur étonnement et admiration.

Là, le patron et ses belles rondeurs nous accueillirent.

Rassuré par nos intentions au terme d’un court exposé de ma situation, il nous fit la visite de sa boutique à l’odeur de graisse animale, garnie d’un comptoir de fer et de laiton, ainsi que de grandes vitrines en bois précieux de style art nouveau. Il nous présenta ses plus belles pièces avec force de détails et de passionnantes explications. Le déplacement n’avait pas été vain, ni ne fut dénué d’intérêt. Les policiers, plus enthousiastes que jamais, ne perdirent rien des savantes considérations de l’expert. N’eût été l’obligation de partir, ils seraient restés plusieurs heures encore dans l’armurerie à converser avec son patron. Je dus battre le rappel. A leur grand regret.

Ainsi délesté des armes de Jacques-Jean, d’un fardeau de plomb, et conscient de l’obligation pour moi de quitter mes amis en faction, je leur demandai s’ils pouvaient me rapprocher d’un moyen de transport qui me permît de retrouver non seulement l’appartement de Jacques-Jean mais aussi mon associé dont je n’avais plus de nouvelles depuis près de six heures.

– Vous n’allez tout de même rentrer seul dans cette grande ville que vous ne connaissez pas !

A aucun moment, par discrétion, je ne leur avais dit mot de mes liens familiaux avec la ville que nous affectionnions.

– Nous allons vous reconduire jusqu’à la rue des Hirondelles ! Prenez place !

– 5 –

La joyeuse équipée, tout de rêves enveloppée, reprit sa route. La densité de la circulation, les affres de nos vies professionnelles et personnelles, les contrariétés du quotidien n’avaient plus d’importance. Nous étions heureux de nous être trouvés là, ensemble. Le chemin du retour nous apparut bien trop bref quand les hirondelles firent leur apparition. Il était déjà temps de nous quitter. Je pris congé de mes réconfortants gardiens d’un jour. Qui, à mon égard, firent preuve d’une infinie gentillesse, d’un sens profond du service. Reconnaissant, je leur exprimai ma gratitude et mes remerciements les plus vifs. Ils en furent touchés. Ma vie durant, je conserverai un souvenir ému de cette journée passée en leur plaisante et vivifiante compagnie.

Geoffroy m’attendait. Paisiblement. Son caractère est d’or, qui ne trahit aucun agacement, aucune impatience. Travailler avec lui est une bénédiction. Il avait œuvré durant les nombreuses heures de mon absence afin de traquer la photo de famille exigée par l’ayant droit insatiable, le testament délicatement inséré entre deux ouvrages de maroquin, les documents personnels du défunt dont la nature est administrative, familiale, historique, sentimentale, pour ne pas dire davantage. Rien de tout cela ne s’était offert à lui. De façon surprenante et parfaitement inhabituelle, Jacques-Jean n’avait rien conservé de son passé, de ses vies d’avant, de sa mère, précocement disparue, de son père, hormis quelques rares photographies les représentant, des femmes qu’il avait chéries et aimées depuis son adolescence, des femmes qui lui avaient donné un peu de ce bonheur et de cette plénitude qu’il est possible d’approcher les soirs d’été lorsque l’obscurité se fait jour, qui invite au délassement et aux confidences, lorsque les vapeurs d’alcool craquellent le vernis de nos cérémonieuses civilités, de nos douces certitudes.

***

Antoinette ? Chantal ? Sylvie ? Quel était le prénom des conquêtes de notre don Juan ? Leur visage et leur histoire ? Quel homme fut-il pour elles toutes, pour leurs éventuels enfants, pour leur famille ? Quel souvenir laissa-t-il dans le cœur de ses dulcinées ? Les photographies transcrivent, mieux peut-être que les écrits, timorés ou bien trop passionnés, mieux que les témoignages, souvent partiaux, le bonheur ou le malheur qui se joue, telle une intrusion, dans un compagnonnage, l’effervescence des premiers temps, la douceur d’un amour marqué du sceau de l’éternité ; ou, tout au contraire, les ressentiments, la violence des pensées et des peines, des blâmes et des blessures qui, bientôt, conduiront à la dernière dispute, au terme d’une idylle qui avait pourtant si bien débuté.

Sans que l’on sache pourquoi, ces photographies avaient quitté l’appartement de Jacques-Jean qui, selon toute vraisemblance, avait désiré faire table rase d’un passé encombrant, instrument de persécution, rompre avec l’enchaînement de ses souffrances intérieures. Il est possible que son ultime histoire sentimentale se soit achevée sous le joug de la discorde, ou sous celui du deuil. Ne plus ressasser les faits révolus et douloureux, en supprimant les éléments matériels qui s’y réfèrent, dans le but de se reconstruire, de surmonter l’épreuve, par nécessité. Je vois dans cet acte désespéré et définitif, qui ressemble à un autodafé, la volonté impérieuse de Jacques-Jean de renaître de ses cendres. D’éteindre les tisons des funestes événements du passé, de faire cesser, enfin, leur nocive répétition.

Les armes remplacèrent les femmes. Elles prirent la suite de ces mères qui, il y a peu, le consolaient et le protégeaient de ses vieux démons. Par nécessité aussi. L’âge venant, les souvenirs de l’enfance se faisaient plus présents. La déportation. L’attente d’un retour qui ne vint jamais. L’abomination de ce détail qui n’en est pas. La violence du traumatisme. L’impossible consolation d’une fille et d’une sœur, sa mère, qui n’avait plus goût à la vie et se laissa dépérir de chagrin. Une existence perforée par les balles de l’interrogation, de l’incompréhension, du doute, de la méfiance à l’endroit de l’homme et de l’humanité. Tout cela était-il supportable ? Les armes furent les boucliers que son inconscient commandait, réclamait à son esprit meurtri. Elles seules purent le maintenir à flot, le rassurer la nuit venue, éloigner les idées noires, les diables de l’enfance, de celle qui, à nouveau, s’imposait au fur et à mesure que le vieillissement le rendait plus vulnérable.  

En quittant l’appartement de Jacques-Jean, Geoffroy et moi prîmes soin de refermer, l’une après l’autre, les portes du cagibi, des placards, des tiroirs, d’enfermer pour toujours la douleur, la tristesse, les souffrances et malédictions d’une destinée gâchée, celle d’un homme de cœur.    

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Elle se prénommait Nicole. Elle traversa cette existence comme on traverse le boulevard des Italiens, d’un pas décidé, sans ambages ni distraction,

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