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Marguerite et notre petite affaire

MARGUERITE1

Les prénoms, lieux et dates de ce récit ont été rigoureusement modifiés par l’auteur afin que l’anonymat et l’intimité des personnes évoquées ainsi que de leurs familles soient garantis et respectés.

Pour Chantal D.
Marie-Hélène B.

Jeanne-Marie W.
Vita-Maria R.
Elisabeth L.-T.
Mes amies chères, en témoignage d’affection

***

L’existence offre parfois quelques cocasseries, impromptues sinon charmantes, dont l’invraisemblance séduit et surprend tout à la fois, déroute un peu au détour d’une route sagement déroulée. Magie et saveur du petit grain de sable venu chatouiller nos esprits que rassure l’habitude, que conforte la quiétude d’une journée effleurée du léger ennui, caressée du geste d’espoirs inassouvis. Magistrale, orchestrale, l’existence nous offre pluies fournies et ciels jaunis, joies d’ailleurs et peines de coeur, matins calmes et soirs brûlants quand ils ne sont pas fumeux. L’existence est un cadeau, qui nous emballe ou nous rend pâles, à l’aune d’une surprise colorée de rires ou bien d’un événement empesé de larmes.

« Ne sais-tu pas ce qui m’est arrivé aujourd’hui ? »

Il n’est pas rare que, fermant la porte de son foyer comme d’une journée vagabonde, un individu approche l’être qui partage l’intimité de son quotidien au moyen de cette accroche interrogative et suspensive, empreinte d’une sorte d’intensité dramatique, toute théâtrale. S’ensuit un récit agrémenté de force de détails, servi par un ton emphatique qui confine, souvent, au romanesque. Suspendu aux lèvres du narrateur à l’éloquence fleurie, l’interlocuteur fait mine de s’intéresser à l’histoire qui méritait tant d’être racontée. Par courtoisie ou véritable curiosité pour ce-qui-lui-est-arrivé de follement épique. Avec détachement voilé ou ferveur, sincère.

*
*    *

En cette saison d’un automne bien avancé qui n’avait rencontré aucun nuage, que ce fût de brouillard ou de contrariétés, le soleil rayonnait à perdre raison au-dessus des corps indolents. L’air était chaud, pour ne pas dire brûlant. Les vacances de la Toussaint approchaient, qui verraient les morts se rappeler au bon souvenir des vivants, et les vivants se rappeler que la mort, quoiqu’étrange, n’est pas étrangère à leur destin, l’accompagnant avec une implacable fidélité pour mieux l’assujettir, décidant un jour de le clore dans le creux d’un lit de vieillesse ou de souffrances, dans une automobile lancée à trop vive allure, sous les coups répétés d’un monstre, apôtre du démon, ou sous ceux du sort, acharné, douloureusement incarné.

Les corps alanguis par la chaleur se mouvaient avec peine. Imperturbable et collante, la sueur perlait. Qui perturbait élans et déplacements. L’on parlait d’été indien, bien que la saison des bains de mer eût pris fin depuis presque deux mois. Jointe à la canicule, la moiteur se faisait davantage sentir au soir de la journée. Compacte, subtile, embarrassante, déplaisante. L’on s’éventait avec fureur en cet automne bien avancé qui n’avait rien d’un automne ordinaire.

Une ville de banlieue. L’une de celles qui, nombreuses, nombreuses et similaires, enserrent Paris, l’habillent de travailleurs dociles et résignés. L’habillent et la nourrissent. Que serait Paris sans ses habitants périphériques qui, silhouettes furtives et robotiques échappées des gares, ne prennent guère le temps de s’attarder devant leur café serré pour répondre présents au premier client, accueillir le contribuable impatient d’en découdre, visiter et soulager les patients hospitalisés la veille au soir ? Que serait la ville parée d’universalité sans cette foule d’anonymes qui, loin d’être considérée par les édiles, la fait vivre, l’aime avec ardeur, la respecte autant qu’une vieille dame chapeautée des séductions d’antan ?

Quoiqu’elle ne fût pas très âgée – ses traits fatigués trahissaient pourtant un vieillissement précoce –, Marguerite demeurait dans cette ville de banlieue réchauffée depuis quelques jours par les flammes d’un soleil saharien. Elle se reposait enfin d’avoir si durement travaillé. D’avoir traversé d’un pas pressé la gare Saint-Lazare dont elle n’eut jamais le loisir de contempler l’architecture. Docteur et chercheur en biologie, elle avait oeuvré dans un laboratoire pour le compte d’un important groupe pharmaceutique. Ses connaissances avaient été appréciées, recherchées, reconnues. La rigidité de son être s’était bien accordée avec la rigueur de sa fonction, à la fois pratique et théorique. Marie Curie avait été son modèle. Elle m’en parla lorsque nous nous vîmes la première fois. La seconde fois, elle me l’évoqua encore. A n’en pas douter, la sommité scientifique de notre pays était sa raison d’être, la lueur de sa vie, le baume de ses rêveries.

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*    *

– Geoffroy, ne sais-tu pas ce qui m’est arrivé aujourd’hui ?

– Non, me répondit-il avec détachement, un semblant de lassitude.

J’avais habitué Geoffroy, mon associé au sein de notre étude généalogique, à des histoires qui sortaient rarement du commun et qui, exprimées de façon digressive, avaient tôt fait de lui inspirer quelque bâillement, ou, pire, de l’endormir. Celle que j’allais lui raconter n’était assurément pas la plus singulière. Elle était cocasse. Rien ne me plaît autant que la cocasserie des situations, outre la sonorité de ce substantif, la cocââsserie, qui paraît avoir été créé pour faire rire ou sourire.

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Huguette était décédée. La mort arrive, de temps à autre. Sans crier gare. Souvent. Marguerite, sa nièce et son héritière, ne pouvait pourtant avoir été informée de sa disparition. Sa mère avait rompu tout lien avec Huguette, sa soeur, depuis son mariage. Les raisons de la dissension familiale ? La mère de Marguerite avait épousé un étranger, au grand dam de ses parents et de toute sa parenté. Un homme d’une autre contrée. Un homme de sang impur. Un Picard. Grand Dieu ! Un Français, certes ; donc un étranger. En Bretagne, on ne badine pas avec l’histoire ni avec les racines. L’Armorique est un pays à lui tout seul. Son annexion à la France n’est qu’un fait anecdotique. Sans ambages, la mère de Marguerite fut mise au ban et comparée à une autre traîtresse, Anne de Bretagne, qui, sous la contrainte il est vrai, s’était alliée avec le roi de France et lui avait offert son duché.

Paria dans sa famille, la mère de Marguerite enjoliva sa vie loin des siens, loin de la Bretagne qu’elle aimait encore. Meurtrie d’être rejetée, elle concentra son affection sur la petite Marguerite, son enfant unique. Elle lui donna la plus belle des existences, tout l’amour dont elle était capable, une éducation raffinée et délicate. Stakhanoviste, elle lui inculqua le goût du travail. Elle souhaitait que sa famille s’élevât socialement ; dans le but, sans doute, de démontrer à sa famille que l’incongruité de son union pouvait déplacer bien des montagnes et frontières, conquérir bien des possibles. Elle y parvint. Marguerite répondit à son appel. Assidue, impliquée, elle devint la première femme diplômée de la famille.

Et quel diplôme ! Un doctorat en biologie, excusez du peu !

La mort d’Huguette ne surprit pas sa nièce au moment de la lui révéler par téléphone. A l’âge qui était le sien et qui approchait du centenaire, passer de vie à trépas demeure une évidence, sinon une nécessité. La chercheuse fut néanmoins étonnée d’apprendre qu’elle était son unique ayant droit et que l’entier patrimoine de sa tante lui était dévolu. L’argent, les bijoux, les quelques croûtes qui tapissaient les murs de son salon, autant que les biens immobiliers. Une fortune coquette. Il est certain qu’en considération des liens distendus qui prévalaient dans la famille, et des droits qui seraient ceux de sa nièce, fruit d’une union réprouvée, Huguette aurait pu transmettre sa fortune à une oeuvre de charité, à une amie affectionnée, à sa commune. Elle ne le fit pas. Par négligence peut-être. Ou, à contrario, par intérêt lointain pour Marguerite, femme de mérite et de sciences dont le parcours professionnel, auréolé de succès, pouvait légitimement susciter quelque admiration, à tout le moins quelque estime.

Au téléphone, Marguerite et sa voix susurrée me firent une impression curieuse. Les phrases exprimées par mon allocutaire avec une infinie lenteur et de façon saccadée trahissaient la gêne, un sentiment froid de peur. Mal assurée, dirigée par l’émotion, la voix chevrotait, qui n’osait déployer son souffle dans le combiné. Je tâchai d’être rassurant mais compris vite que mes tentatives resteraient vaines. Mon appel et la mort de tante Huguette venaient bouleverser le quotidien savamment construit et structuré d’une femme qui n’appréciait rien tant que la parfaite maîtrise de ses gestes, des événements, qu’elle inscrivait dans le cadre familier du tableau d’écolier qui, selon toute vraisemblance, avait encouragé ses apprentissages durant son enfance et que j’imaginais encore présent dans la maison familiale dont elle avait hérité.

Marguerite n’avait rien demandé et n’avait besoin de rien. Pourquoi l’ennuyais-je ?

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Le temps avait passé. Les courriers que j’avais adressés à Marguerite dans le cadre du règlement de la succession d’Huguette étaient restés lettre morte. Peut-être dormaient-ils dans le fond de la boîte à lettres, servaient-ils de brouillon ou de sous-tasse pour ne pas tâcher la toile cirée de la table de la cuisine, peut-être garnissaient-ils désormais la poubelle ou, placés en évidence contre le coffrage du petit bureau à cylindre, remplissaient-ils la vue de notre docteur lorsqu’elle s’y attablait pour travailler de quelque manière que ce fût, gorgeant sa réflexion, ses doutes et atermoiements.

Sous l’effet de la grande faucheuse ou d’une fâcheuse rupture, la disparition d’un être réveille les souvenirs. Inexorablement. Doux ou douloureux. Séduisants ou sépulcraux. Douce mélodie d’une séduisante mélancolie. Douloureux refrain d’une sépulcrale rebuffade. Marguerite s’interrogeait sur la suite à donner. A moins qu’elle ne se désintéressât des affaires qui concernaient sa tante afin de respecter la mémoire de ses parents qui avaient reçu l’affront d’être rejetés, diffamés, déconsidérés. Marguerite devait-elle répondre aux fourberies d’Huguette, à ses funestes et fantomatiques desseins, par l’avanie suprême et terriblement efficace que l’on nomme indifférence ? J’en fus moi-même l’objet et la victime. De la part de certains. L’indifférence en réponse à ma différence. La plus doctorale des insultes. La moins courageuse aussi…

Désespérément silencieuse, Marguerite avait ses raisons que je ne critiquais pas. Nul ne peut juger l’histoire, quels que soient sa tournure, ses ressorts et ambitions. Je me questionnais néanmoins sur la politique à adopter pour recevoir les signatures de notre héritière, convaincre cette dernière du bien-fondé de nos sollicitations et approches. Ma main se devait de revêtir l’inflexibilité du fer mais aussi et surtout se ganter de velours. Je poursuivis mes rendez-vous téléphoniques afin de maintenir le lien, de préparer le terrain, de le sonder tout autant. Marguerite, peu diserte, m’écoutait religieusement et concluait invariablement nos échanges par une phrase qui, dans les premiers temps, me remplissait d’espoir, puis de perplexité lorsque je me rendais à l’évidence que les courriers ne nous parviendraient jamais : « Je posterai vos courriers dans deux jours ». Marguerite ne tenait pas parole. La mienne s’asséchait, pour avoir trop vainement argumenté et fait preuve de crédulité. Saint Thomas devint mon ami, à défaut de l’être encore de celui qui, avant de disparaître des écrans radar, me fit connaître ce grand religieux, fondateur de l’ordre dominicain.

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En ce jour d’automne, quelques semaines avant que la chaleur doublée de moiteur ne vînt illusionner nos esprits sur le retour de la saison estivale, cependant que l’hiver attendait encore un peu de nous imposer son ténébreux tempérament, d’exprimer ses sentiments saupoudrés de glaçure, de cristalliser le souvenir de nos larmes de sueur ; quelques semaines avant que nos corps s’enfiévrassent sous les projecteurs d’un soleil de plomb, je me décidai à rencontrer Marguerite, sur le pas de sa porte comme de son histoire. A transgresser le pacte de respectueuse et loyale distance que nous avions conclu. A fourbir les armes de l’insistance, autrement dit de l’obligation. J’appréciais cet exercice, préférant la simplicité et l’abandon d’une rencontre physique aux faux-semblants, aux retenues et déconvenues d’un dialogue virtuel.

Je pris la route pour la ville des environs de Paris où Marguerite demeurait depuis son enfance. La cité présenta ses abords et faubourgs, indifférents à ma présence, figés dans un soupçon de léthargie, de morne quiétude. Aux quelques rues périurbaines succédèrent des quartiers résidentiels tout aussi paisibles, garnis de superbes maisons bourgeoises en pierre meulière, richement maquillées et vêtues, comme préparées à recevoir un hôte de qualité, et de pavillons à l’architecture plus sage, uniformisée, presque conventionnelle. Chacune des habitations était agrémentée d’un jardin arboré et d’un garage qui ne servait plus depuis longtemps pour ranger l’automobile mais conserver les meubles fanés de l’arrière grand-mère Pauline, fleur des années folles, ceux de la chambre de François, parti pour Bordeaux faire ses études en sciences politiques, et qui fut convertie en fumoir, ceux de jardin rouillés par les pluies acides, libérés au printemps tandis que les pensées s’allègent, se gonflent d’optimisme. Les rues étaient désertes. Livrées à l’ennui. Un ennui qui m’eût volontiers déprimé et que convoitaient cependant, à juste raison sans doute, les résidents de cette ville qui, au crépuscule de la journée ou d’une existence diversement colorée, pouvaient s’endormir en paix.

Au 107 de la rue du Cherche-Moi, dans le milieu d’une large voie fréquentée, faute de mieux, par d’innombrables véhicules peu soucieux de respecter la limitation de vitesse réglementaire, une maison d’allure et de taille modestes me prêta ses traits empreints du charme de la désuétude, de la douceur d’un temps de nostalgie. Depuis un moment déjà, le temps paraissait avoir cessé de décompter ses heures et cadences zélées, ses années et bonheurs, agglomérant les souvenirs, les meilleurs, les rassurantes certitudes, éloignant pour toujours l’ingratitude du présent et d’un futur nébuleux. Les aiguilles s’étaient immobilisées dans les années 1970. Les volets prenaient une teinte vert d’eau fort peu engageante. Les mauvaises herbes foisonnaient dans le jardin, refuge des taupes et rongeurs malicieux. La maison de Marguerite n’était ni tout à fait laide ni tout à fait belle. Son architecture, simplifiée au possible, fonctionnaliste et utilitariste tout à la fois, ne souffrait aucune excentricité, aucun ornement superflu. L’habitation se voulait confortable, commode d’entretien. Dépourvue d’ostentation, de références quelconques à une histoire ou à un style particulier, elle épousait l’âme de ses concepteurs, les parents de Marguerite, attachés à leur indépendance, à une certaine forme de modernité, volontiers hippie et écologiste.

Positionné sur le pas du petit portillon de la maison, je pris peur que la sonnerie ne pût prévenir ses habitants de ma présence. A mon plus grand soulagement, elle fonctionnait encore. Tant et si bien que je vis un visage, d’essence masculine, apparaître au loin dans l’embrasure d’un rideau délicatement déplacé et scruter, avec perplexité, l’effronté visiteur que j’étais. Probablement, le bouton que j’avais pressé avec enthousiasme n’avait pas beaucoup servi. Probablement, son retentissement généra la surprise, un branle-bas de combat général. De fait, une sage vérification s’imposait. Ce à quoi s’employa le mari de Marguerite qui, bien qu’ayant égaré sa jeunesse depuis plus d’un demi-siècle, faisait encore preuve de vivacité. Ma mise et ma mine l’ayant rassuré, il conseilla au fruit de mes désirs, son épouse, de répondre à mes avances, d’accéder à mes instances.

– C’est pour quoi ? me demanda Marguerite, du haut du perron, accompagnée de ses yeux-fusils tempétueux qui n’inspiraient pas la franche tendresse.

– C’est pour la succession d’Huguette ! objectai-je, fébrile, intimidé.

– Ah. Bon, entrez.

Autorisé, en rien invité, je poussai le portillon, fis grincer les gonds et grimacer les araignées somnolentes, saluai à mon passage un chien orange, hirsute et sautillant, qui débordait d’une affection peu commune dans un lieu aussi peu hospitalier. Saluai et repoussai, bien malgré moi. Nonobstant ma passion pour les chiens, je ne venais pas pour Médard – tel était son joli nom – mais pour sa maîtresse. Pour elle seule. Chagriné, le grand toutou baveux s’éloigna, me laissa seul aux commandes d’une situation guère accommodante, aux prises avec une femme qui n’avait rien de commode. Un rictus de la lèvre et une saccade régulière de l’épaule noircissaient un peu le tableau. Ils alourdissaient la présentation, coloraient de froid l’allure générale, les apparences auxquelles, foi de personne invalide que je suis, il devrait nous être interdit de nous fier, en aucune façon. Je souffris assez des singularités de mon infirmité pour ne pas juger quelqu’un à son allure générale et particulière. Un enfant me le rappela, hier soir, tandis que j’attendais le bus. Fixant mes oreilles avec insistance et circonspection, me résumant en somme à ce qui génère encore bien des afflictions, il noya durablement mes pensées dans le fond d’un océan d’écume et de souvenirs endoloris.

Promptement, je détournai mon regard des mouvements involontaires de mon interlocutrice, qu’il m’avait tant tardé de rencontrer, tant et avec ardeur, pour le diriger vers ses magnifiques et grands yeux bleus chargés d’embruns. L’agrément n’est jamais loin. Il nous appartient et ensoleille nos réveils, les encourage aussi. Le bleu d’émeraude qui fardait les yeux de Marguerite, pareil à celui de la mer qui borde Saint-Malo et fit la bonne fortune de mes aïeux corsaires, ce bleu profond et polychromé reflétait la détermination de mon égérie mais aussi la pincée de fragilité que je percevais au revers de ses prunelles, au fondement même de la consistance qu’elle se donnait du haut de son petit perron carrelé et craquelé, cerclé de balustrades désarticulées.

Les yeux me jaugèrent. Me jugèrent digne de les approcher de plus près, de percer leur mystère. J’avais été audacieux, un peu trop entreprenant sans nul doute. Je fus récompensé de mon insistance. Les quelques banalités que ma bouche exprima, communiant avec celle de Marguerite qui ne disait mot, éclaircirent le bleu de mer, rompirent la glace, firent tomber le petit perron fatigué qui, jusqu’alors, instaurait un rapport inégal entre nous, de domination et d’assujettissement.

La taille était haute. Le corps, fin. Marguerite avait été une très jolie femme. Bien que lessivée par les épreuves et ce-je-ne-sais-quoi d’énigmatique, la beauté conservait encore quelque instrument de séduction. Rassérénée par mes mots et mon sourire, Marguerite se détendait enfin. La réserve fit place à l’abandon, relatif il est vrai. Ma venue n’allait pas changer le cours des choses ni révolutionner l’histoire. L’attention qui m’était portée s’allégeait toutefois du poids des convenances et politesses excessives. Nous nous déshabillions désormais, l’un et l’autre, sous le jour de la normalité et de notre insignifiance, sous celui de la sincérité, d’une stricte vérité. A l’instar de deux amants qui se connaîtraient suffisamment bien désormais pour ne plus recourir aux subterfuges, à la comédie humaine, aussi théâtrale qu’artificielle, à l’esbrouffe du Tartuffe.

Conclure avec Marguerite, telle était mon aspiration ultime. Je caressais ce désir depuis un petit moment déjà. Les présentations et badineries n’avaient que trop duré. Recevoir la signature de mon Eve, sans laquelle mon dossier ne pouvait échapper à l’impasse, à cette voie sans issue qui, le sommeil effleuré, ennuageait mes songes d’une pluie de stériles questions. Recueillir le précieux contreseing de Marguerite, tel était donc mon bon désir, l’unique en cet instant de rapprochement.

Le contraire se produisit. Je n’étais pas seul à décider de la marche des événements. Subtilement, Marguerite me fit comprendre qu’elle souhaitait garder les rênes de notre rencontre, la maîtrise des choses et de notre histoire, ainsi qu’elle sut si bien le faire au fil de sa vie. Je n’ignorais pas que ma dulcinée n’était pas femme à se laisser imposer quoi que ce fût, encore moins par un mirliflor intrusif qui lui parlait de sa famille comme s’il en était ou l’avait toujours côtoyée, par ce généalogiste culotté, un brin charmeur, qui, sans prévenir, s’était permis de pénétrer dans sa bulle d’intimité et de repli.

– Hélas, je ne peux vous recevoir ni signer vos documents. Vous me prenez de court. Un rendez-vous m’oblige à partir. Je vous promets que je vous les posterai dans deux jours. Dans deux jours, c’est bien. Oui, dans deux jours, ce sera possible…

En cet instant, mon regard fut celui d’un enfant à qui l’on apprend que la visite au parc d’attractions sera prorogée à une date ultérieure. Marguerite ressentit la profonde désillusion qui se dessinait dans mes yeux et se corrigea.

– Veuillez me pardonner. Je n’oublierai pas de vous faire parvenir les documents de la succession. J’ai été sensible à votre visite. Je vous en remercie.

Amoureux éconduit, je quittai Marguerite la mort dans l’âme. Le bon Médard me raccompagna jusqu’au portillon. J’eus le sentiment qu’il comprenait ma déception. Mon dépit était le sien. Au loin, Marguerite avait déjà fermé sa porte, les volets de sa maison dont, probablement, elle ne s’éloignerait pas. Fictif, le rendez-vous avait servi d’excuse à notre congé, à notre rupture. Marguerite renoua avec le confort de sa solitude, le réconfort d’une journée vécue loin des humains qui, peut-être, l’avaient blessée et fragilisée. Par ce repli, elle défiait les attraits mortifères d’une agitation extérieure qui réveillait heurts et rancoeurs, peurs et douleurs.

A mon départ, l’ermitage, le sanctuaire impénétrable de la rue du Cherche-Moi se rendormit. Il n’était pas dix heures du matin. Ailleurs, la vie s’épanouissait de nouveau.

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– Geoffroy, ne sais-tu pas ce qui m’est arrivé aujourd’hui ?

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Ce jour d’hui était un vendredi. La veille d’un long week-end qui s’annonçait torride. Echappée du Sahara, la canicule s’était inopinément emparée de notre pays comme de nos corps, les allégeant d’allégresse, d’un souffle de sérénité. Il est connu que les climats secs, caressés de soleil, pansent les maux de l’âme, fortifient les esprits incommodés, soulagent bien des turpitudes. Naguère, dans les premières décennies du siècle dernier, nombre d’artistes eurent la joyeuse idée de poser leur chevalet sur le littoral et dans les hauteurs de la côte azuréenne afin de conquérir et recueillir l’éclatante lumière de la Méditerranée, laquelle avait le pouvoir d’illuminer la toile de leur inspiration mais aussi celui d’adoucir quelques-uns de leurs tourments, une peine de coeur aussi intense qu’insoutenable, la sensation subite, puissante et vertigineuse, d’inefficacité, d’inutilité ou d’inadaptation.

Comme beaucoup, bien que l’automne eût tôt fait de prendre congé, j’avais tiré du fond du placard les chino de ton clair et les mocassins, instruments futiles de mon enthousiasme, d’une gaité de nouveau recouvrée. C’est ainsi vêtu que je pris la route pour la petite cité des environs de Paris où vivait Marguerite et de laquelle, ô grand jamais, elle ne comptait se détourner. Ainsi que je l’avais pressenti, mon héritière n’avait pas tenu promesse. Les documents que la succession d’Huguette m’enjoignait de recevoir depuis son ouverture, c’est à dire depuis six mois, tenaient bien sagement compagnie aux bibelots de la maison, qui s’en amusaient peut-être. A Médard aussi qui, toujours enclin à dégourdir ses pattes taillées en fuseau, n’aurait pourtant pas désavoué la balade de sa maîtresse jusqu’à la boîte postale et grumeleuse, peinturlurée de jaune.

Marguerite ne répondait plus au téléphone. J’étais quant à moi pressé par le notaire qui s’inquiétait de l’anormalité des délais. Il me fallait réagir et agir, revenir à la charge et au-devant de celle qui pouvait satisfaire la poursuite des opérations liquidatives de la succession d’Huguette mais qui, en ne parvenant guère à surmonter ses craintes et réticences, mécontentait à présent l’ensemble des parties.

Dégoulinant de transpiration et d’affection, Médard me fit la fête lorsque, pour la seconde fois, je me présentai au portillon verdâtre de la rue du Cherche-Moi. Il paraissait soulagé de constater que je recevais ses démonstrations de joie avec les égards requis. A dire vrai, je m’étais attaché à son souvenir, moins à celui de Marguerite, durant les semaines qui nous avaient séparés. Son expressivité et son énergie accompagnaient mes pensées au cours de mes déplacements en métropolitain ou de mes courtes escapades à l’orée du bois de Boulogne.

Ses aboiements alertèrent Marguerite dont la silhouette se détacha en filigrane à la manière d’une ombre chinoise. Je la crus seule dans la maison puisque, ce matin-là, son mari n’occupait pas le poste de gué. Le rideau conserva de fait son immobilité. Etonnamment, Marguerite n’eut pas l’idée de le déplacer pour confondre l’inopportun visiteur. Il est possible qu’elle se fût doutée que je reviendrais. L’amour oblige le disciple de Cupidon à tenter et entreprendre, à insister autant de fois que nécessaire jusqu’à recevoir une réponse franche, porteuse de promesse ou d’un couperet, celui du refus et de l’adieu.

Lorsque Marguerite sortit de sa maison, je remarquai que quelque chose avait changé. En elle. Sur elle. Les vêtements qu’elle portait n’étaient pas aussi désuets que ceux de nos saisons estivales, enfilés d’une année sur l’autre sans être jamais remplacés, lesquels témoignent de modes passées, définitivement proscrites, de largeurs prohibées pour des raisons qui touchent à l’esthétique ; rendent compte, enfin, de couleurs dont la simple vue provoquerait maintenant le hoquet, un haut-le-coeur éloquent ou, émaillant le fil de discussion de deux adolescents scotchés à leur téléphone ainsi qu’à l’abstraction de leur amitié, un « gloups » prolongé d’un émoticône. Mdr. La tenue de Marguerite, printanière, élégante, merveilleusement ajustée, qui épousait la physionomie autant que la modernité, embrassait le présent pour mieux envoûter le futur d’une diversité de possibles. En elle, les changements étaient également perceptibles. Evanouis les rictus, engourdie la mélancolie, enfouies les réserves, endormis les silences. Marguerite se présenta à moi sous un jour nouveau, un jour de renaissance, ou de naissance, un jour enluminé de joie, de couleurs claires et chaudes. Sourire aux mains, que nous empoignâmes avec confiance et cordialité, elle m’accueillit de manière si enthousiaste que mon incrédulité fit tressaillir l’une de mes épaules, la plus sensible.

– Entrez donc, cher Monsieur, et ne faites pas attention au désordre de la maison, ni à mon mari.

André était là, au loin, installé dans un fauteuil qui semblait confortable à défaut d’être coquet. L’allure moyenâgeuse de l’assise, que mon ami Harold Hessel qualifierait volontiers de troubadour, ne lui avait hélas pas permis de connaître les rois capétiens, la noble dame Yseut, les ripailles d’un château fortifié, la transmission religieuse de la génération d’Yseut à celle plus tardive d’Athénaïs, jeune demoiselle versaillaise et gracieuse née dans les premières années du second millénaire. Confectionné en série dans les années 1960, le siège avait pris place à la sortie du grand magasin de meubles aux côtés de la cheminée pastichée des parents de Marguerite, aux confins d’un décor qui, peu à peu, avait perdu son lustre. Depuis la construction, rien n’avait été déplacé, jeté ni modifié. L’électroménager et le mobilier de la cuisine auraient fait le bonheur d’une équipe de cinéma désireuse de dénicher un intérieur resté dans le jus de l’époque yéyé. Carte d’embarquement pour un voyage dans le temps et les souvenirs, la tonalité orangée et bistrée, parfois mordorée, piquait les yeux, les écarquillait, requérait leur indulgence.

Evolution notable dans la relation singulière, un tant soit peu mouvementée, que Marguerite et moi avions créée, la permission qui m’était donnée de pénétrer dans l’antre, le sanctuaire, ne m’aurait pas cru possible quelques semaines auparavant. Sans conteste, Marguerite avait changé. Son visage n’était plus le même. Une infinie douceur le traversait, enjolivant son regard, gonflant ses lèvres déjà pulpeuses, l’éclairant de gaité.

La chaleur de l’air, parvenue à son paroxysme en cette journée de fin d’automne, communiait avec celle, nouvellement acquise, de notre docteur-ès-sciences.

– Savez-vous, cher Monsieur, que je réalise actuellement des recherches sur Marie Curie ? Je désirerais écrire sur cette femme d’exception qui compte tant pour moi et à qui je dois, désormais, d’être heureuse et épanouie. Cela vous surprendrait peut-être mais c’est le cas. En toute vérité.

Qui n’avait pas connu Marguerite avant sa métamorphose serait surpris d’une telle assertion, ne saurait à quel point la perspective de cette publication avait agi sur elle à l’instar d’un pansement, d’un médicament de mieux-être ou d’une thérapie comportementale et cognitive. En me donnant l’explication d’un si grand changement, Marguerite eut de la peine à contenir son émotion, à refouler la petite larme qui apparut dans le coin de son oeil, l’ombre de ce tableau qui représentait les souffrances, les renoncements et empêchements d’une vie. La sienne. Je compris combien, pour Marguerite, celle-ci avait été source de douleurs. Immenses et sourdes, lourdes et intenses.

Dans la cuisine par laquelle on me fit entrer, je vis la photo de Marie Curie suspendue au-dessus de la crédence mais aussi le passionnant ouvrage qu’Irène Frain lui avait consacré. Ce fait m’amusa. J’avais sympathisé avec cette femme délicate, profondément attentionnée, lors d’un salon du livre au cours duquel, assis l’un à côté de l’autre, nous présentions et dédicacions nos livres dernièrement parus. Par certains aspects, Marguerite me fit penser à Irène. Elle lui ressemblait. Se sont-elles un jour rencontrées ? Attaché à la discrétion, je n’ai jamais osé le demander à la femme de belles lettres qu’il m’arrive de contacter de temps à autre.

Les paroles de Marguerite me réconfortèrent, me rassurèrent quant à sa disposition d’esprit. Mon héritière n’était plus rétive à me recevoir ni à se livrer un peu. Je repris confiance. Un brin opiniâtre, je lui présentai à nouveau les documents de la succession d’Huguette, qu’elle devait conserver en trois ou quatre ou cinq exemplaires. Si elle ne les avait pas jetés dans le tison de la cheminée pastichée…

La cocasserie se produisit alors. Avec une force que je ne soupçonnais pas, Marguerite me prit le bras, qu’elle tira sans ménagement comme si j’étais un veau qu’on menait à l’abattoir, me conduisit dans une chambre, celle de son fils dont j’ignorais l’existence. Véhémente, elle ferma la porte après son passage. Tourna la clé. Clic clac. J’étais enfermé, enferré aux volontés et désirs de Marguerite, avouables ou non.

Je pris peur. Que voulait-on de moi ? Qu’adviendrait-il de mon intégrité ? De ma vie ?

Les yeux de ma geôlière s’étaient subitement assombris. Ils cherchaient quelque chose dans la pièce, ne croisaient plus les miens. L’on dit dans les romans policiers ou les émissions spécialisées comme Faites entrer l’accusé, prisées de mes frères Enguerran et Alban, que le regard du meurtrier, fou et flou, n’a plus d’égard pour sa future victime. Je crus subir le sort des protagonistes de ces histoires sordides. J’étais devenu la proie de Marguerite, sa chose, l’objet de son méfait. Je discernai désormais les raisons de la joie qui se dessina sur ses traits lorsque, candidement, je franchis le pas du 107 de la rue du Cherche-Moi. Mon heure était donc comptée.

Marguerite me fit asseoir sur le lit de son fils. Vous en conviendrez, l’invitation n’a rien d’habituel. Je remarquai que les rictus animaient derechef les membres du succube. Ainsi que je le craignais, ceux-ci allaient bientôt entrer en action. Sous quelle forme ? J’étais dans l’incapacité de l’imaginer. Troublé, je pensais plus exactement aux moyens dont je pourrais disposer pour m’extirper du piège, de cette situation un tantinet perturbante. Ou bien par la porte dont la clé avait malheureusement pris place dans la poche du bourreau ou bien par la fenêtre, hélas obstruée par des volets de chêne. Il me restait une seule issue possible : la maîtrise physique de Marguerite, si tant est que mes bras chétifs eussent assez de force pour défier la chair généreuse de la partie adverse, l’énergie qu’un éclair de folie pût générer en pareil cas.

– Cher Monsieur, veuillez me pardonner de vous avoir fait entrer dans la chambre de mon fils pour évoquer notre affaire et signer les documents de la succession. Car, oui, je vais les signer devant vous, maintenant. Mais je ne voulais pas que mon mari vous vît. Chacun ses histoires, me comprenez-vous ?

– Euh, oui… Parfaitement…

– Mon mari est âgé. Beaucoup plus âgé que moi. Il m’a épousée lorsque j’avais 17 ans. 15 années nous séparent. D’une certaine manière, André a achevé mon éducation, m’a modelée selon ses envies. Notre relation a été heureuse, c’est certain. Pourtant, j’ai infiniment souffert. De mille choses dont je ne vous parlerai pas. Aujourd’hui, je veux m’affranchir de la tutelle de mon mari, vivre un peu pour moi, découvrir ce qui m’a été refusé durant de très nombreuses années. Me libérer des devoirs et inassouvissements…

Un souffle de soulagement délia la poitrine de Marguerite. Les mouvements de la lèvre s’estompèrent. Le silence imprégna la petite chambre d’enfant qui avait gardé son mobilier d’antan. Quelques peluches trainaient là, sur le lit et l’étagère, qui nous regardaient rondement. Embués, nos yeux exprimèrent un semblant d’affection mutuelle et naissante.

Marguerite reprit le contrôle. Elle se disait enchaînée aux volontés de son mari quand tout, dans sa vie et ses décisions, son parcours professionnel et son maintien, démontrait le contraire. Aux yeux des personnes avec qui elle travaillait, de celles qu’elle rencontrait au cours d’un dîner ou d’une sortie quelconque, elle était une femme de caractère. Indubitablement, elle le demeurait en quittant la maison, dans la lumière du jour et le feu de son activité au laboratoire. Le soir venu, au moment de nouer le tablier autour de la taille et de s’astreindre à la préparation du repas, elle prenait en revanche l’habit d’une femme soumise, entièrement vouée au bonheur de son mari et de son fils. Progressivement, durablement, elle se laissait gagner par l’amertume et la morosité.

Les confidences de cette personne agréable, intelligente, sur le lit d’un enfant qu’elle ne voyait plus, me touchèrent. L’émotion était aussi grande que la peur qui m’inonda quand je fus poussé dans la chambre. Me dirigeant par le bras de façon fougueuse, Marguerite m’imaginait peut-être comme le fils prodigue longtemps absent, à qui elle avait tant à dire, tout de suite, sans attendre ; ou, dans une moindre mesure, comme un être de confiance qui pouvait entendre, comprendre les peines et afflictions de sa respiration. Je restais dans cette petite pièce durant deux heures, sous la lueur blafarde d’un plafonnier poussiéreux. Avec pudeur et urbanité, Marguerite me raconta son histoire que j’écoutai attentivement, sensible à la confiance qui m’était accordée, aux épanchements et chatoiements de son coeur irisé.

Lorsque nous prîmes congé des événements de l’existence de Marguerite, de ceux qui initièrent notre rencontre, lorsque nous quittâmes tante Huguette, la chambre et châsse des souvenirs, nous trouvâmes André qui, depuis un moment sans doute, attendait à la porte que sa femme et moi revînmes à la réalité d’une subsistance beaucoup moins lyrique. En dépit de sa surdité, il nous avait entendus et se doutait que, les fortes températures aidant, quelque chose se tramait dans la chambre de son regretté garçon.

Reniflant notre mine apaisée, comme rassérénée, il nous interrogea d’un ton goguenard, doucereux, dépourvu d’ambigüité :

– Alors, ça y est, vous avez fait votre petite affaire ?

*
*    *

A la croisée des chemins.

Il y a peu, mon automobile, tout de noir habillée, traçait sa route dans une forêt de conifères fièrement dressés, à quelques kilomètres d’Houdan dans les Yvelines. Je vis au loin un écureuil traverser la voie goudronnée. Afin de l’éviter, je freinai, stoppai les ardeurs de mon véhicule. L’écureuil cessa également sa course. Il me regarda. De la même couleur que les noisettes qu’il ambitionnait de dénicher sur son passage, ses yeux me parlèrent et me charmèrent. La curiosité nous lia en un instant. L’un l’autre. D’une même connivence.

Etrangement, le petit animal me remémora l’affaire qui nous avait associés, Marguerite et moi, plusieurs années auparavant. Au matin de la nouvelle épopée que j’allais bientôt mener dans le coeur d’une rue dont le nom ressemblait à s’y méprendre à celui de la rue du Cherche-Moi, je me demandai ce qu’était devenue la valeureuse et si bienveillante personne à laquelle je m’étais attaché au confluent de nos échanges et qui, en compagnie du généreux Médard comme de Marie Curie, allait enfin vivre d’exaltation, de joies fortes et renouvelées, d’espoirs ensoleillés, enluminés d’éclat. D’éclats de rire.

Marguerite avait-elle trouvé le souffle d’épanouissement qui manquait à son bonheur et qu’elle méritait de recevoir ?

L’écureuil reprit son chemin, m’abandonnant aux songes. Le reverrai-je pour lui dire que ma nouvelle vie, n’en déplaise aux doutes et souffrances qui la chaperonnent, est la plus jolie qui puisse s’imaginer ?

15 mai 2022

Par Rodolphe de Saint Germain.
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