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Un portrait

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Le regard est doux, grave aussi, profond et lointain tout à la fois, caressé de charme. Le visage est candide, quoique non dépourvu d’assurance. Née au lendemain des heures tragiques de la Révolution française, cette petite fille paraît porter sur ses frêles épaules, de manière ambivalente, discordante peut-être, les pesanteurs des événements qu’elle n’a pas vécus et la légèreté de sa juvénilité. La lumière induite par la blancheur de la robe de style Empire, la carnation, mais encore par la blondeur des boucles de cheveux, que d’aucuns verraient échappée de Venise et d’un temps fantasmé de Renaissance, contraste avec la sombreur de la partie dextre du tableau, l’obscurité de cette partie latérale qui semble communier avec l’ancrage de la posture, portée à l’ombrage, à la noirceur vespérale d’un sentiment de mélancolie.

Cette petite fille est mon aïeule. Échappée des collections familiales, elle a rejoint il y a peu le cadre familier de mon appartement. Par un heureux concours de circonstances.

Un soir, Geoffroy, mon meilleur ami et associé, m’appela. Il venait de prendre connaissance de la vente aux enchères d’un portrait dont le revers comportait une inscription fort peu déchiffrable, l’identité de la fillette qu’il représentait. Seul le nom de famille apparaissait, le patronyme « Langlet ». Geoffroy, généalogiste jusqu’au bout des ongles qu’il n’a pas et des lunettes qu’il ne porte pas davantage, est le meilleur expert de ma propre généalogie. Les Gaillard de Saint Germain, Sicot, Collette et Boulant, Verger et Rambaud, Bengy des Porches et de Puyvallée, Smet d’Olbecke, Diesbach de Belleroche, du Hamel de Fougeroux, Ghellinck d’Elseghem Vaernewyck, Waresquiel et Rohault de Fleury ne sont pas étrangers à sa mémoire. Les Langlet non plus, bien que nichant plus haut dans mon arbre généalogique.

Le nom Langlet est porté par un certain nombre d’individus en France. Il est fréquent en Picardie, dans le Nord. Fréquent sans l’être en vérité. Au demeurant, le portrait mis en vente par le commissaire-priseur de la Sarthe n’avait pas nécessairement un lien avec ma famille et mes ancêtres Langlet issus de l’échevinat de Beauvais. Toutefois, les traits de la fillette me rappelaient puissamment ceux d’une autre enfant portraiturée à la même époque par le peintre Augustin Van den Berghe (1756-1836) et que ma famille possédait encore. Cette jeune demoiselle n’était autre qu’Eugénie Langlet (1810-1887), épouse de Marie Clément Gaillard de Saint Germain (1806-1873).

Comment rapprocher ces deux portraits, celui détenu par mon oncle François Le Cornec et ce portrait entaché de silences et de mystère, coloré d’interrogations ? Comment m’assurer que le portrait qui allait être offert à l’appétit des enchérisseurs était celui d’une de mes ancêtres ?

Aussi talentueuse que consciencieuse, Caroline Lieury, clerc au sein de la maison de ventes, m’adressa des photographies du portrait sous toutes ses coutures, de l’inscription identitaire qui, hélas, restait sourde aux interprétations puisque les prénoms n’étaient pas lisibles. Une autre inscription, feutrée sinon discrète, confirma la délicieuse impression que la petite fille appartenait à la floraison de mes racines familiales.

V. B., les initiales de l’artiste, dessinées à l’anglaise, étaient de fait marquées en creux sur le châssis du portrait. Or, il me semblait les avoir déjà observées au dos de celui de mon oncle François.

– Allô, mon cher oncle François, comment allez-vous ? Tante Valentine est-elle portante comme le Pont-Neuf ?

Mon oncle me répondit que sa maisonnée était au mieux de sa forme. Surpris de m’entendre – j’abhorre les échanges téléphoniques –, il s’enquit des raisons de mon appel.

– Vous serait-il possible de me confirmer qu’Augustin Van den Berghe a bien signé de ses initiales, à l’arrière de son œuvre, le portrait de la petite Eugénie de Saint Germain que vous avait transmis votre mère, tante Thérèse ?

– Ne quitte pas, réagit-il promptement. Je vais te renseigner.

Ainsi que je le conjecturais, l’ensemble des indices concordait. Les traits, semblables, la signature, analogue, le cadre doré également, identique en tous points. Augustin Van den Berghe avait donc bien représenté notre aïeule à deux reprises et à quelques années d’intervalle. La vigilance de Geoffroy mais aussi l’existence d’un autre portrait d’Eugénie me permirent d’acquérir la seconde version du doux visage par trop coutumier, d’accueillir en mes murs et sur l’un de ceux de mon salon la touche impériale de notre épopée familiale, d’accorder la note sensible et délicate de notre mélopée généalogique.  

 

Par Rodolphe de Saint Germain.
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