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Le coffre de Janou, le cache-pot de Rosalie et les objets-sœurs de Bernard

JANOU_GUERRY_SAINT_GERMAIN

Certains prénoms, lieux et dates de ce récit ont été modifiés par l’auteur afin que l’anonymat et l’intimité des personnes évoquées ainsi que de leurs familles soient garantis et respectés.

Pour Enguerran,
Pour Stéphen,
Pour Simone Havel, ma bonne fée

***

Une note de Jeanne-Marie sur le piano. L’esprit vagabonde, le souvenir effleure. Le temps est comme suspendu, à l’instar du souffle de nos cœurs qui, de concert avec celui de mon amie compositrice, évente l’émotion, la transporte en direction d’un continent de lyrisme, de romantisme, d’un endroit vierge de tous nuages, ensoleillé de mille lueurs chatoyantes.

Jeanne-Marie est une amie chère que mon frère jumeau, Enguerran, m’avait fait connaître lors d’un temps qui n’est déjà plus. Janou est aussi douce et pure que le surnom qui lui fut donné. Sa sensibilité ennoblit les sentiments, charme et touche les terriens comme les Dieux. Les compositions que son esprit fertile imagine et couche sur les touches d’un piano quart-de-queue ont le pouvoir de chérir. Elles sont un baume. Ouatés, les airs de Janou caressent l’épiderme de la mémoire. De nos mémoires.

– Allo, Rody ? Je ne te dérange pas ?

– Jamais, Janou, tu ne me dérangeras jamais. Comment vas-tu ?

– Bien. Ou presque. Quelque chose me turlupine.

« Ah ? » répondis-je à Janou qui m’invita à venir la voir dans son charmant petit appartement de la Butte-aux-Cailles afin de m’exprimer, de vive voix, la chose turlupinante. Oui, me direz-vous, l’adjectif n’existe pas. Mais je m’amuse à le poser sur le papier avec une once de bravade. Janou ne devrait pas rester l’unique personne audacieuse sur cette terre de conventions.

La chose était une chose. Une chose imposante, odorante, un peu, empoussiérée, encaustiquée de cuir chaud et de soleil craquelé. Une chose pas plus haute qu’une table basse, mais aussi longue. Une chose lourde du poids des secrets et des silences qu’elle conservait à n’en pas douter. Une masse encombrante, tant et si bien qu’elle trônait là, obstruant le passage, envahissant l’espace, dévorant d’interrogations et d’inquiétudes l’énergie proverbiale de Janou. Une sorte de tache qui nous conduirait à la tâche.

Bombé en son sommet, bardé de pièces de métal sombre, le coffre valait le coup d’œil et le déplacement. La chose était belle. Par le récit que m’en fit Janou, elle revêtait en outre un intérêt historique non négligeable. Elle avait traversé les âges, franchi les siècles et frontières inexpugnables, du temps des intolérances religieuses et nationalistes vers celui des arrangements bourgeois – l’enrichissement ne saurait souffrir d’aucun conflit –, du versant est de l’Europe vers son versant océanique. Riche des objets qu’elle avait transportés et soignés, des documents d’importance, que ce fût des contrats de mariage et autres actes de partage ou des missives commerciales, peut-être même quelques lettres parfumées d’amour, de promesses ou de déshonneur, elle fut le magasin de la famille Wienert dans lequel, pêle-mêle, s’entreposaient, s’entrechoquaient nombre d’histoires, de destinées, sages, aventureuses, tragiques, heureuses, brèves, ennuyeuses, incolores, charmeuses, indolores, tapageuses, inodores, rageuses, inavouées, vertueuses, insoupçonnées, orageuses…

Janou ne savait que faire de ce coffre qui lui plaisait et l’embarrassait tout à la fois. Depuis longtemps, les trésors qu’il contenait avaient rejoint les tiroirs des commodes et secrétaires de ses aïeux, quand ils n’avaient pas été vendus à un antiquaire itinérant ou à Drouot, la maison de licitations qui est aux enchères ce que la Tour Eiffel sera toujours à Paris et ce que l’édile hidalgesque ne sera jamais pour la mémoire de ses habitants. Le coffre se mariait volontiers avec les souvenirs de famille ; guère, hélas, avec la décoration contemporaine de mon amie. Il convenait de décider de son sort. Je préconisai une vente au marteau et confiai à Janou les coordonnées d’un ami commissaire-priseur. La théâtralité des ventes aux enchères plaît au comédien que j’ai été et que je serai possiblement à la rentrée prochaine sous la direction de Marité Gaudefroy, metteur en scène et fondatrice d’une compagnie réputée à Boulogne-Billancourt. Par mon père, notre arbre généalogique bourgeonne d’artistes peu ou prou renommés, Brigitte Bardot, avec qui je corresponds depuis une dizaine d’années, René Navarre, alias « Fantomas », qui est resté muet à mes instances, sans doute parce qu’il a été l’une des vedettes du cinéma mutique de son époque et que le repos s’est imposé à lui en 1968, année de sa mort. Mais encore Jenny Carré (1902-1945), dessinatrice de costumes de théâtre, fille d’Albert Carré (1852-1938), directeur du théâtre national de l’Opéra-Comique, dont l’épouse cantatrice, Marguerite Giraud (1880-1947), était une proche cousine de mon arrière grand-père Joseph Sicot (1881-1947), lui-même fils d’Isabelle Giraud (1849-1935) qui, ayant hérité de la forte sensibilité des représentants de sa famille, laquelle confinait à l’émotivité, prenait peur à la vue de son ombre et, lorsque le tonnerre grondait, se recroquevillait sous la table de la salle-à-manger si elle n’avait pas eu le temps de grimper à l’étage pour trouver refuge dans le fond du cagibi de sa chambre…

Janou, compositrice. Janou, autrice. Janou, actrice. Dernièrement, lors d’un de ses récitals, j’ai découvert la belle aptitude scénique de Jeanne-Marie qui, comme tous les êtres affublés d’un prénom multiple, démultiplient les talents à l’infini et à l’envi. Avec autant de maestria que d’humilité. Janou ne sait pas encore que les fées se sont penchées sur son berceau pour que ses dons dessinent des croissants de félicité sur les lèvres des personnes qui l’approchent, accrochent au sommet des parois de leurs cerveaux des soleils de sérénité et d’indulgence, caressent de poésie et de grâce leurs cœurs empreints d’une fierté farouche. Les lèvres parlent. Elles expriment les silences, les pensées qui ne disent rien. Une rancœur, une affection partagée, une joie furtive, un plein bonheur, une ombre au tableau, une tristesse enfermée. Les lèvres ouvrent les pages du livre des sentiments. Des désirs aussi. Sous les traits du baiser, elles échafaudent généreusement, passionnément, les chapitres de nos histoires d’amour, leur trame, leur intrigue. Lorsque l’amour n’est plus, les lièvres décampent, les lèvres chassent le « i » de trop, le hic de l’histoire. Enfin, les lèvres sont les oreilles des personnes injustement dotées d’une audition déficiente. Elles modèlent les paroles étouffées, façonnent les sons imperceptibles à la manière d’un sculpteur qui travaillerait la matière et le sentiment de ses mains agiles. Elles sont un patchwork de couleurs, les couleurs de l’expressivité. Le masque qui, il y a quelques années, devait empêcher la transmission du coronavirus mortifère et nous éviter un énième enfermement, contraignit les sourds et malentendants qui exercent la lecture labiale à un isolement plus pernicieux. Le confinement le fut alors tout aussi physiquement que silencieusement.

Le soir de notre première rencontre chez l’astrale Marie-Hélène, avais-je remarqué que les lèvres de Jeanne-Marie étaient aussi fines que le papier des pages dorées des ouvrages de la Pléiade ? Je m’étais d’abord arrêté sur les grands yeux sombres de mon interlocutrice, les préférant, à tort, à son délicat sourire, étiré comme un arc, horizontal comme la ligne de jonction entre l’océan et le ciel, la connaissance et le mystère. Le jour où je découvris le coffre ancestral, objet de tant d’atermoiements, mes yeux firent aussi la rencontre des lèvres de Janou qui s’agitaient avec fébrilité, se pinçaient. Je me voulus rassurant. Le lendemain, mon automobile viendrait chercher l’importun, le déposerait avec soin à Neuilly dans les bureaux du commissaire-priseur.

Il en fut ainsi. Bien que l’habitacle de mon véhicule ne brillât pas par sa taille, nous parvînmes, avec peine il est vrai, à porter le coffre de mon amie jusqu’au mien, à l’y loger, et filâmes cahin-caha en direction de la ville des élégances et fortunes feutrées de la région parisienne. Quelle vie nouvelle attendrait la volumineuse et incommode antiquité ? Une vie de voyages trépidante autant que chahutée ? Une vie de ronrons dans le sein d’une confortable demeure bourgeoise ou dans le salon tout blanc d’un appartement mouluré détenu par un couple de trentenaires chic et choc qui, en l’acquérant, aurait le désir de conjuguer le présent avec un soupçon d’histoire, d’enraciner leur amour et leur engagement mutuel dans l’Histoire ? Serait-il le témoin de rencontres, de bavardages animés et embrumés, de colères, d’étreintes, de cavalcades enfantines et babillardes ? Parfumerait-il de sa senteur boisée et séculaire, généalogique et sépulcrale, les couvertures de l’hiver, les nappes des repas de famille qui ne voient jamais la fin, les nappes comme les repas, les draps de dentelles hérités de Bonne-Maman, les jouets d’Athénaïs qui, à l’aube de sa majorité, s’interrogerait sur leur avenir, sur leur pérennité dans le côté droit de la partie inférieure ?

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– 2.000 €, qui dit mieux ?

– 3.000 €, Maître, deux nouvelles enchères sur internet !

– Bien ! Je vous remercie pour vos surenchères, chers internautes. Vous avez bien raison de vous intéresser à cet objet d’exception, singulier tant par sa taille, son envergure, que par ses décors stylisés et géométriques qui préfigurent l’Art déco. Notre expert l’a inventorié au rang des pièces les plus singulières de l’artiste et sculpteur autrichien Gustav Gurschner.

– Maître, les enchères s’envolent. Nous en sommes à 6.000 € !

– Les connaisseurs et autres amateurs éclairés sont donc avec nous ! Je comprends votre engouement ! J’ai moi-même été irrésistiblement attirée, comme aimantée par cette jardinière très encrassée lorsqu’elle nous a été confiée, qui n’avait pas encore livré tout l’éclat de sa beauté. Savez-vous qu’elle tenait compagnie à la cheminée d’une maison de pêcheur non loin d’ici, une maison des plus modestes, aussi discrète que sa propriétaire qui ignorait probablement qu’elle détenait là un trésor ?

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Sa vie entière, Rosalie avait vécu dans l’environnement immédiat du cache-pot. Elle le tenait de ses parents et, avant eux, de son grand-père paternel, marin-pêcheur au Havre, cité portuaire entoilée de matins brumeux et humides, de ciels bas qui, souvent, annoncent des après-midi ensoleillées, des éclaircies franches et généreuses. Le cache-pot et la cheminée formaient pendant, paire, dépendance mutuelle. Nourricier et complice, la terre cuite vernissée emmagasinait le bois, les branchages, planches de contreplaqué dénichées sur le trottoir et rondins de bois extraits de la forêt voisine, dans le but d’alimenter le tison, de réchauffer la pièce de vie de Rosalie, la gratifiant de son crépitement qui eût pu remplir le vide, peupler la solitude, enflammer la glace. L’un comblait l’autre, sans discontinuer. Le cache-pot de Gurschner était la sève du foyer de Rosalie.

Mon associé Geoffroy et moi découvrîmes l’objet au cours de l’inventaire de succession qui eut lieu un matin gelé de novembre. La maison de Rosalie n’avait pas été ouverte depuis son décès, une dizaine de mois auparavant. Araignées engourdies et mouches bourdonnantes l’habitaient encore. La demeure paraissait s’être endormie au lendemain de la retraite de Rosalie. Pour tout dire, le mobilier des années 80 faisait grise mine. La saleté avait prospéré au même rythme que le vieillissement des équipements et de la propriétaire des lieux. Lorsque l’affaiblissement et la tristesse cèdent à l’énergie et à l’espoir de la jeunesse, lorsque les proches ne franchissent plus le pas de la porte, se tisse une toile d’immobilité, enveloppant de découragement et de noirceur les dernières forces vives. Dans un premier temps, personne ne prêta attention au cache-pot de Gurschner. Chacun s’affaira à sa tâche : l’ouverture des fenêtres, l’appréciation des lieux, la recherche des papiers administratifs utiles à l’instruction du règlement de la succession, la prisée des bibelots et meubles de la maison qui, quoique poussiéreux, quoique malpropres désormais, étaient soigneusement disposés. Rosalie appréciait l’ordre, avait élevé la discipline au sommet de ses préoccupations. Avant que la vaillance ne l’abandonnât.

– Maître, avez-vous remarqué cette chose imposante, noire de suie, qui jouxte la cheminée ? Demanda Geoffroy, l’homme de goût et de connaissances, au commissaire-priseur qui venait de clore son inventaire en tirant un large trait à la suite de la colonne de chiffres qu’il avait notés sur son document de travail.

L’expert fit la moue. Son visage s’assombrit en dévisageant, en défigurant devrions-nous préciser, la faïence chargée de morceaux de bois difformes. Non, selon lui, la chose n’était pas digne d’intérêt. Le regard qu’il lança à Geoffroy, telle la balle sortie du fusil, sembla dire alors : « Vous n’allez pas m’apprendre mon métier ».

Clap de fin. La maison recouvra sa quiétude. Refermés, les volets et le petit portail rouillé du jardinet éteignirent les lueurs d’une existence dénuée de fards et paillettes. Rosalie, petite femme toute simple, sans relief particulier, dont les attraits n’inspirèrent aucun sentiment de la part d’un amoureux sage et sérieux ni ne provoquèrent chez un joli suborneur le moindre transport de fougue, Rosalie dont la vie ne remplirait pas les pages d’une nouvelle, encore moins d’un roman, Rosalie qui mourut seule, loin des amis qu’elle n’avait jamais eus, loin de cousins qu’elle n’avait jamais connus, Rosalie qui mena sa vie sans ennuyer quiconque et sans prétendre à rien, Rosalie, cette femme à la destinée parfaitement ordinaire, trouve aujourd’hui sa postérité et sa prospérité sous la forme, les traits d’une jardinière, d’un somptueux cache-pot agrémenté, dans sa partie supérieure, de motifs à cabochons circulaires incrustés de croix celtiques, le tout vernissé, patiné de vert et d’or, doté de larges anses aussi travaillées que la frise haute. Un travail d’orfèvre émanant d’un grand nom de la sculpture de la Sécession viennoise, aux confins de l’Art nouveau et de l’Art déco.

De qualité muséale, cette pièce remarquable sommeillait depuis plus d’un siècle dans le salon d’une toute petite maison normande. Elle était la seule fortune de Rosalie. Elle gardera pour elle le mystère de son long voyage des montagnes alpines vers la mer de Manche, celui aussi de la famille qui le possédait. Sur la cheminée, un très beau modèle de bougeoir en bronze doré, d’époque Louis XV, n’éclairait pas davantage notre lanterne sur les origines de cette famille pour le moins énigmatique…

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– Ça chauffe ! 9.500… 10.000 €… Qui dit mieux ?

– Maître, 11.000 € sur internet !

– Merci, Mathilde, de suivre pour nous les intentions d’achats exprimées par nos internautes. Je les remercie pour leurs enchères !

La salle des ventes était pleine. De connaisseurs, de badauds, d’espoirs autant que de curiosité. Nul n’avait connu cette effervescence depuis plusieurs mois. L’atmosphère, fébrile, presque survoltée, faisait grimper la température. Peu à peu, les spectateurs se déshabillaient, ôtant là un manteau, ailleurs un tricot douillet en laine de mouton, dénouant une écharpe ou déboutonnant un pardessus par trop inutile, comme pour mieux apprécier la comédie qui se jouait sur la scène des enchères, la prestation de la commissaire-priseur grimée en metteur en scène ou chef d’orchestre, mais encore le ballet des clercs venus présenter les objets de la vente et transmettre le petit carton numéroté au moment où un enchérisseur assis dans la salle remportait le fruit de ses désirs, ces hommes de l’ombre que l’on nomme à Paris, au sein de l’hôtel Drouot, les « cols rouges » ou « savoyards » – eu égard à leur origine géographique. La vente aux enchères s’habille de théâtralité, d’emphase lorsque la fièvre de la convoitise étreint l’assistance, d’ennui lorsque l’acheteur rassasié s’éteint dans un grognement ou ronflement éloquent. Curée de l’inutile et du plaisir substantif, qui ne cesse jamais de faire la joie de ceux qui s’y retrouvent régulièrement – j’en suis –, la salle de ventes aux enchères charme autant qu’elle désarçonne, inquiète autant qu’elle fascine. Elle se laisse approcher non sans mal. Ses codes et usages demeurent aussi mystérieux et nombreux, sinon particuliers, que les termes savants, scientifiques, un tantinet verbeux, qui accompagnent le coup de marteau du commissaire-priseur. Sous la direction de ce dernier, la pièce de théâtre qui se joue à guichets fermés durant quatre heures – elle peut être longue, très longue si les enchères préalables à l’adjudication de chaque lot sont abondantes et enflammées, offre une mécanique parfaitement huilée. Chacun œuvre au bon déroulement, les professionnels de l’enchère comme les acheteurs présents dans l’arène ou devant l’écran de leur ordinateur, prêts à dégainer l’instrument de l’envie, leur index.

En cette après-midi froide et lugubre, le cache-pot de Rosalie attisait les appétits, réchauffait les esprits. Ceux-ci feignaient de s’étonner de l’engouement généré par le bel objet patiné par le temps, ayant essuyé les assauts de la suie sèche de la cheminée contiguë, quand bien même ils n’étaient venus que pour lui.

– 20.000 €, vais-je adjuger ? Vous qui me regardez, ne regretterez-vous pas de ne pas jardiner en harmonie avec l’histoire, en communion avec l’art, celui des grands-maîtres, celui des maîtrises parfaites ; en conjonction de pensées avec Gustav Gurschner, notre bel autrichien, notre génie de la sculpture ? Est-ce votre dernier mot ?

L’auditoire retint son souffle. Les yeux des acteurs et spectateurs de la pièce, à-demi convaincus, à-demi interrogatifs, visaient le pupitre derrière lequel se tenait la maîtresse de cérémonie. Le temps avait interrompu son inflexible mouvement. Une mouche passa. Un court instant, elle se demanda pourquoi elle était la seule à bouger.

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– Janoulilouchat, comment vas-tu ?

C’est ainsi que j’appelle affectueusement Janou. Vous en conviendrez, le sobriquet est dénué de sens. La vie, elle-même, en est-elle pourvue, de sens ?

Téléphonant à Janou, je désirais lui annoncer la mauvaise nouvelle. Son coffre, qui me plaisait tant, n’avait pas trouvé preneur. Les enchérisseurs étaient restés de marbre lorsqu’ils le découvrirent le jour de la vente. Le commissaire-priseur avait bien tenté de créer le désir en insistant sur ses agréments et son utilité. « L’on manque toujours de rangements », avait-il argué. « Les draps brodés et armoriés de Bonne-Maman, qui sentent bon le passé, ne trouveraient pas meilleur refuge dans le fond de ce coffre originaire des Carpates », avait-il encore ajouté pour convaincre le chaland médusé. Vainement. Dans un geste de dépit, l’officier ministériel conclut son discours au moyen d’une déclaration finale qui retentit tel un couperet : « Retiré faute d’enchères ».

De la même manière qu’une œuvre théâtrale ou artistique ne trouve pas toujours son public, une antiquité peut éprouver la plus grande des difficultés à rencontrer son âme-sœur.

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Bernard n’avait jamais eu aucune sœur. Il était resté l’unique enfant de sa mère, sans l’être de son père qui, semble-t-il, butinait avec la même efficacité que les abeilles, volant de belles dames entreprenantes en jolies demoiselles parfumées de naïveté, ensemençant les fleurs de ses envies fugaces tout en considérant, en permanence, que l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Orphelin de fraternité, Bernard s’inventa des sœurs qui devinrent ses âmes-sœurs : les bijoux et robes que ses sœurs eussent portés, inévitablement, si elles avaient existé.

Enfant introverti, doté d’une imagination fertile, Bernard s’était inventé une histoire féérique dans laquelle tout était soleil, scintillements, joie et beauté. Un monde éclatant dont il était le héros, le prince charmant, et auquel le petit appartement que sa mère et lui occupaient, sur les quais du 16ème arrondissement de Paris, servait d’écrin. Comme toujours, les années passant, le petit royaume de Bernard se remplit de mille objets futiles. Autant que de robes fragiles et griffées, confectionnées par les plus grands couturiers parisiens, Jeanne Paquin, Jacques Doucet, Paul Poiret, en passant par Coco Chanel, Christian Dior et Pierre Balmain, pour ne citer que les plus connus. Les robes de qualité n’étaient pas les seuls biens d’exception du refuge de ce foyer pas tout à fait comme les autres. Bernard collectionnait les bijoux de fantaisie, tel que ceux crées par Madame Chanel ; mais encore les créations de joailliers renommés, de Fabergé notamment. Toutes les économies du jeune homme, quoique modestes, étaient destinées à l’assouvissement de sa passion dévorante pour les belles antiquités, négociées chez les antiquaires du Village Saint-Paul et du Village suisse, chinées aux puces de Vanves et de Saint-Ouen, dénichées lors du déballage annuel de l’avenue de Versailles où se côtoient les résidents du quartier et les professionnels d’un genre nomade déguisés en bourgeois d’Auteuil.

Le grand studio de Bernard, que sa mère louait depuis les années 1950, n’était pas assez spacieux pour exposer et loger les innombrables collections, qui n’étaient pas moins magnifiques, de notre esthète au goût certain. Ce goût-là se reçoit ou s’acquiert. Autodidacte et sensible, délicat, doux comme le satin, Bernard se documenta afin de parfaire l’inné, les probables connaissances d’un père, un homme du monde sans doute, qu’il n’avait jamais pu connaître. Sa mère l’y encouragea. Elle l’adorait. Lui l’amusait, au quotidien, par ses petits pas de danse au saut du lit, sa gaité printanière, enveloppée de fraicheur et de chaleur, son caractère primesautier, son petit grain de folie. Pour lui, un rien n’était pas tout à fait rien. Il transformait le rien en un tout coloré, doré, pailleté. Ne travaillant pas, puisque personne n’avait perçu son extraordinaire potentiel créatif, il occupait ses journées oisives en lisant, en soignant et inventoriant les objets qu’il avait acquis, qu’il conservait religieusement et qui le faisaient tant rêver. Parfois, il les dévoilait à sa mère, se muant alors en commissaire d’exposition. Son petit coin de féérie devenait musée. Avec harmonie, les bronzes dorés tenaient alors compagnie aux broches serties de diamants et de pierreries papillotantes, les élégants carnets de bal en nacre et ivoire aux pièces d’or d’un temps de royauté bourbonienne.

Les trésors de Bernard l’apaisaient. Ils étaient sa raison d’être et d’exister.

Objets-sœurs, âmes-sœurs. En quelque sorte, ils comblaient l’amour qu’il ne lui fut pas donné de vivre, cet amour de sentiments absolus, de sentiments philosophiques et physiques, cet amour de poésie qui ne se présente que rarement. Cet amour, toujours lui, qui transporte, ensoleille, assombrit et désespère quand le doute l’assèche, quand le ressentiment le couvre de noirceur.

Très âgée, impotente, la mère de Bernard fut admise au crépuscule de sa vie dans un service de soins intensifs à la suite d’une mauvaise grippe. Elle s’endormit pour l’éternité, celle des anges et des étoiles-en-majesté, aux côtés de Bernard qui la couvrit de larmes et de baisers au moment où elle rendit son dernier souffle. L’objet de la plus grande affection n’était plus. Emus, les objets qu’il retrouva le soir des obsèques le regardèrent avec affliction et compassion. Ils eussent bien voulu lui tendre les bras dont Dame Création ne les avait pas dotés afin de l’enserrer chaudement et de le consoler.

Un mois plus tard, Bernard se jeta dans la Seine du haut du pont Mirabeau. De nombreux mois après son acte désespéré, son corps, méconnaissable, fut retrouvé à quelques encablures de là. Les objets et vêtements qu’il avait tant aimés ne lui avaient été d’aucun secours pour soulager la peine affreuse et l’abyssale angoisse qui le minèrent lorsque, seul, il se retrouva dans l’appartement dévêtu de sa plus belle couleur, la couleur de la protection maternelle, et de son odeur familière, senteur composite d’eau de Cologne et de Chanel n°5. Ses âmes-sœurs ne purent rassurer Bernard, peut-être parce que leur existence n’avait de sens que sous son regard et celui, conjoint, éminemment complice, de sa mère ; mais elles permirent de l’identifier quand la brigade de gendarmerie prit soin de repêcher sa dépouille endommagée. Le bracelet en or que Bernard portait depuis sa majorité et qui avait été réalisé par la maison Chaumet comportait, en creux, l’inscription de son nom et de son prénom. Tel un clin d’œil, telle une marque de reconnaissance et d’hommage, l’un des biens matériels de Bernard, l’un de ceux qu’il choyait amoureusement, lui rendit son identité, un peu de sa dignité aussi.

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– 42.000 €, est-ce votre dernier mot ?

Les témoins de l’enchère folle, qui n’est pas la folle enchère, se regardèrent. Incrédules. Admiratifs.  

– Adjugé pour vous, chère Madame ! Nous pouvons vous féliciter pour votre acquisition que vous ne regretterez pas ! Le cache-pot de Gustav Gurschner ravira vos sens. Il accompagnera votre existence, y participera à sa façon. Merci Rosalie de nous avoir offert l’opportunité de vivre ces instants de suspense et de surprise !

L’exception se niche là où personne ne l’attend. La jardinière de Rosalie ne dérogea pas à cette règle. Restée silencieuse, invisible, impénétrable, elle cultiva le secret et fit éclore la magie le temps d’une après-midi empesée d’insignifiance.  

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Il y a peu, je demandai à Janou ce qu’il était advenu de son coffre. Mon amie me répondit que, sa mémoire l’ayant oublié, elle ne l’avait jamais récupéré auprès du commissaire-priseur chargé de le vendre et qu’elle ignorait où il se trouvait aujourd’hui, quelque dix années après l’infructuosité de son adjudication.

Il est probable que cette malle, transmise au fil des générations sans jamais être vendue, soit vouée à rester un bien mémoriel. La mémoire ne se vend ni ne s’achète. Ainsi va la pluralité des destinées de nos chers objets de compagnie.

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Les petites collections de Bernard se vendirent bien. Très bien même. Pas loin de 250.000 €. Ils gratifièrent la succession qui n’était composée que de maigres liquidités – quelques centaines d’euros seulement. Assurément, Bernard avait le don de dénicher la perle rare. L’homme ô combien singulier eût fait un tabac si, comme la décoratrice Madeleine Castaing ou l’antiquaire Yvonne de Brémond d’Ars, que mon frère jumeau Enguerran et mon beau-frère Stéphen me firent découvrir, il avait monté sa petite affaire. Parfois, les talents se révèlent à leur mort. Celui de Bernard, l’étonnant, l’épastrouillant, en fait partie.

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On ne se rend pas compte à quel point le chemin tout tracé de nos vies prend des détours, des voies différentes, des virages, souvent. A la faveur d’une rencontre, impromptue, invraisemblable ou cousue de fil blanc ; à la faveur d’un deuil, d’une agression, d’un événement heureux ou douloureux ; à la faveur, enfin, de nos propres évolutions personnelles qui ne sont pas toujours la conséquence des éléments précédemment évoqués.

Il existe autant de destins que d’espèces végétales et animales. Fondamentalement, nul ne ressemble à son voisin, à son frère, à sa sœur, à ses parents. Nul ne vit la même chose et nul n’est tenu de suivre la même voie. Il me fallut du temps pour le comprendre et l’admettre.

A l’instar de mes parents, de mon grand-père paternel, le général Jacques de Saint Germain (1913-1987), qui aimait l’ordre et la discipline, mais plus encore les objets d’art que lui avait donnés son grand-père, un industriel parisien et nivernais aux rondeurs de la fortune, Paul Collette (1853-1917), j’ai toujours apprécié le dialogue avec les faïences, dessins, toiles, meubles anciens, que mon père, aussi érudit et passionné que son père, initiait pour nous avec patience et doigté, dans un souci permanent de transmission. Le virus familial nous fut ainsi inoculé. Au cours de nos visites des puces et des foires aux antiquités, à Paris, à Saint-Malo, à Nevers lorsque nous nous rendions chez tante Biche, ou encore à Toulouse chez ma grand-mère aux tenues de midinette, croisions-nous Bernard et les commissaires-priseurs qui font notre régal lors de leurs ventes teintées d’humour et de facéties ?

Durant vingt ans, les objets que je chinai me tirent compagnie. Très agréablement. Sans jamais me lasser, je les observais. Chaque détail m’était connu. Un petit personnage subrepticement glissé par l’artiste dans le fond de sa composition, une légère fêlure sur une tasse décorée d’un paysage lacustre et signée de Dagoty, un joueur de tennis tout de mouvement et d’élégance gravé sur un verre en miniature de la maison Daum, un charmant peigne orné de pierres précieuses qui agrémentait lui-même la coiffure à la girafe d’une ravissante rosière représentée par le portraitiste Candide Blaize (1794-1849), un défaut de cuisson sur une assiette servie aux clients par le personnel des bouillons Boulant, ancêtres des fast-food et propriétés de mon aïeule Rose Boulant (1837-1926), une femme d’entreprise au caractère bien trempé, c’est-à-dire une femme de tête au caractère bien insupportable. Comme celui de mes parents et de mes grands-parents avant eux, comme celui de mes aïeux Paul et Amand Collette, mon décor, sagement agencé, se remplissait chaque jour davantage. Immanquablement, la place allait manquer.

Un jour de mai d’une année amère, je décidai de tout vendre, à tout le moins une bonne partie de mes collections, et de quitter l’appartement que j’avais acquis trois années auparavant. J’éprouvais alors le besoin de changer d’air et de vie. Une intense douleur me rongeait depuis quelques mois au lendemain d’une rupture sentimentale. Hélas, ainsi que ce fut le cas pour Bernard, mes âmes-sœurs n’avaient été d’aucun recours pour atténuer le puissant chagrin. J’avais le sentiment qu’elles l’augmentaient puisque tout, à cette époque, me paraissait superflu. Puisque plus rien, à cette époque, ne m’intéressait.

Je fomentai alors la venue à la maison de deux amis commissaires-priseurs. Harold Hessel, dont je fis la rencontre lorsque nous étions encore très jeunes, au moment où il effectuait des recherches généalogiques. Harold, qui demeure intarissable sur ses ancêtres bordelais et parisiens à l’élégance grand-bourgeoise contagieuse – ne trouvez-vous pas qu’Harold est la distinction même ? Harold qui, comme le ferait un grand-frère, me conseilla d’acquérir deux petits fauteuils de la fin de l’époque Louis XVI, dont je ne pourrais aujourd’hui me séparer. Harold enfin qui, animé par une profonde gentillesse, ne renonce jamais à son sourire lorsqu’il est approché dans la rue, telle une rockstar qu’il aurait pu être. Charles-Bastien Joubert, que m’avait fait connaître Harold lors d’un matin de chine aux puces de Saint-Ouen, fut le second commissaire-priseur qu’Harold sollicita pour l’aider à expertiser mes nombreux objets et tableaux. Charles-Bastien, à la vivacité d’esprit prodigieuse, à la faconde ébouriffante, pour tout dire remarquable, avait été charmé par ma grand-mère, Simone, vicomtesse Albert de Bengy des Porches, qui lui avait été présentée au château de Cénevières chez Patrick et Patricia de Braquilanges, mes oncle et tante. Charles-Bastien dont j’avais connu la cousine germaine, Venture, à l’époque de nos juvéniles et ennuyeuses années de rallye dansant.

La joyeuse équipe formée par ces deux professionnels chevronnés et amis bienveillants s’activa durant une journée pour analyser, à la loupe, l’ensemble des bibelots que mon appartement renfermait. Une chasse au trésor doublée d’une quête de souffle. La motivation était grande pour chacun de nous trois.

La vente se fit en plusieurs temps, sous la houlette et le marteau de Charles-Bastien, sous le regard attentif d’Harold. Les adjudications ne furent pas dénuées d’émotion. Plusieurs mois après avoir vu partir l’objet de ma tendre affection, je permettais aux objets du passé, le mien, de me quitter sans heurts ni affliction. L’âme de mes objets-sœurs s’éloignait dans le but de me faire oublier l’âme-sœur suprême, de m’y aider, un peu.

Je ne rompis pas tout à fait avec l’attachement à l’objet qui s’observe dans ma famille paternelle. Je gardai moult portraits de la période romantique et des années folles, les reliques vénérées de mes aïeux, plus particulièrement le bronze doré que tante Biche, sœur de mon grand-père – le général –, m’avait pieusement offert dans le petit salon de sa grande propriété, le château de La Croix en Nivernais. Un bronze qui nourrit mon imaginaire lors de mon adolescence et me donna l’idée de monter un projet éditorial et littéraire dédié à nos objets affectionnés, à nos objets de compagnie. Claire Le Meil, mon amie illustratrice qui m’est aussi chou que la choucroute que j’avale goulument, dont le talent n’a d’égal que l’humour et dont l’esprit aurait régalé les peintres Matisse et Chagall, les poètes Jacques Prévert et Raymond Devos ; mon amie Claire, donc, me suivit dans cette entreprise téméraire en acceptant d’esquisser les dessins qui accompagneront les divers récits de l’ouvrage. Harold, également, en mettant la lumière dans sa narration sur une page maculée de dessins réalisés par son grand-oncle Charles-Frédéric Soëhnée (1789-1878), suspendue sur le mur de sa chambre. Christine Diard, tout autant, en consacrant son écrit, émouvant, admirable, à la chevalière que portait sa mère trop tôt disparue, douce compagnie lorsque les pensées du souvenir portent ombrage à l’enthousiasme, à l’optimisme.

Même loin de nous, nos objets-sœurs ne nous quittent jamais tout à fait. Ils sont la mémoire, immuable, impérissable, immortelle, de ceux qui ne sont plus, de ce que nous avons été, de ce que nous sommes. Ils racontent notre histoire propre lorsque la flamme s’éteint. De fait, à leur évocation, quelques bribes de celle de Rosalie et de Bernard nous ont été contées.

*
*    *

Lorsque je lui demande où se trouve un objet ou un document, Geoffroy me répond sans se tromper. Il est ma mémoire. Il est mon meilleur ami et ma mémoire, celle que j’ai perdue au fil des anesthésies des interventions chirurgicales qui réparèrent les imperfections de ma nature.

Dans les semaines qui suivirent mon déménagement, je requis son aide, son assistance. Je désirais mettre la main sur les autocollants que Simone Havel, la bonne fée, l’ange gardien de mon enfance, m’offrit chaque mercredi, durant plus de dix ans, afin d’alléger le poids de la tristesse que ma différence provoquait et de m’encourager à poursuivre les séances d’orthophonie auxquelles j’étais contraint, auxquelles, sans relâche, avec un luxe de générosité, elle m’accompagnait. Rien ne me mettait plus en joie que de voir Madame Havel. Je me confiais à elle et, lorsque la coupe était trop pleine, je pleurais dans le pli de ses bras accueillants, réconfortants. Elle déplorait les humiliations que je subissais, m’aimait comme j’étais, moi le petit garçon sensible et malheureux, moi le petit garçon incompris qui, contrairement à ce qui se disait, n’était pas égoïste.

Tous les mercredis, nous prenions le métro pour nous rendre dans la rue du Théâtre, au cabinet de mon orthophoniste, Marie Chappelon, née Lepetitpas. Mon petit pas devint plus grand dans la foulée de Madame Havel. Je lui dois beaucoup. J’ai omis de le lui dire. Quand j’ai souhaité la retrouver, j’ai appris qu’elle venait de mourir. Les albums d’autocollants étaient l’unique vestige, matériel, de mon affection, de mon affection infinie pour cette femme de cœur et d’exception. 

Qu’étaient-ils devenus ? Armé de son inaltérable bonté, comme de son énergie en pareille occasion, Geoffroy m’aida à les chercher. En vain. Nous ne les retrouvâmes ni dans les cartons de ma cave ni dans l’obscurité de mes placards. Je m’en voulus. De ne pas avoir été présent pour Madame Havel dans les dernières années de sa longue existence, de ne pas lui avoir tenu la main, de ne pas avoir conservé ses petits présents, les objets-sœurs de mon enfance qui, au même titre que les baisers appuyés et claquants de ma bonne fée sur mes joues, me donnaient le sourire.

A ses côtés, je compris une chose essentielle. Que la vie est un ciel de joie et de beauté.

Paris et Saint-Malo

Avril 2023

Par Rodolphe de Saint Germain.
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